www.villesainte-anne-des-monts.qc.caÉlue maire de la ville de Sainte-Anne-des-Monts, en Haute-Gaspésie, en 2005, Madame Micheline Pelletier est une passionnée du développement local. Elle est devenue élue à la suite d’une carrière florissante de 40 ans dans le milieu de l’éducation. Ses apparitions publiques et ses nombreuses interventions dans les médias transmettent son engagement sans limite pour ses concitoyens.
Présente à la Journée internationale des personnes âgées tenue le 18 septembre 2011 dans sa municipalité, Madame Pelletier a prononcé un captivant discours traitant de l’économie résidentielle, une économie basée sur l’apport des aînés.
Voici la version intégrale de son discours :
Mot du maire
Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour souligner de manière officielle la Journée internationale des personnes âgées. Cet événement permet de redéfinir la place des personnes âgées dans la société.
Il serait facile de minimiser l’impact du phénomène du vieillissement au XXIe siècle en disant « Il y a eu et il y aura toujours des personnes âgées ». Une telle affirmation révèlerait une méconnaissance des changements qui façonnent le monde moderne.
Entre 2006 et 2056,
- la proportion des 65 ans et plus va doubler (14,0 % à 28,0 %) ;
- la proportion des 80 ans et plus va tripler (3,6 % à 10,9 %) ;
- la proportion des 95 ans et plus va être multipliée par 10 (0,1 % à 1,2 %) au Québec.
Deux phénomènes expliquent cette croissance :
- la diminution de la natalité ;
- l’espérance de vie (entre 1931 et 2006, on est passé de 56,2 ans à 78,3 ans chez les hommes et à 58,8 ans à 83 ans chez les femmes).
Les municipalités sont donc directement interpelées par ces changements et devront s’adapter aux besoins de cette cohorte d’âges au même titre qu’elles l’ont fait avec une politique familiale.
L’urbanisation des villes et des municipalités au cours des cinquante dernières années a favorisé l’étalement et les villes-dortoirs. On a centralisé les services dans des centres commerciaux de plus en plus imposants et… de plus en plus éloignés du développement résidentiel. Il est maintenant impossible de faire son marché au coin de la rue. Fini le contact avec le boulanger, le laitier, le boucher, le vendeur de poisson et j’en passe. Qui a cru que nous resterions toujours jeunes, mobiles et autonomes ? Nos maisons sont conçues avec un grand garage pour loger nos deux voitures et nous devenons les chauffeurs attitrés de nos enfants.
Finie la vie de village où l’on trouvait de tout à proximité dans un climat de convivialité et d’humour.
Il n’est jamais trop tard pour identifier et planifier des mesures adaptées aux personnes âgées.
Des services de proximité en santé, sport, loisir, culture, un développement domiciliaire adapté, du logement intergénérationnel, l’aménagement des rues, le mobilier urbain, un espace sécuritaire sont autant d’éléments qui prennent en compte le quotidien des personnes âgées et qui font une société inclusive.
Je voudrais introduire le concept d’économie résidentielle, que l’on pourrait définir comme la prise en compte des interdépendances qui président à la dynamique économique des territoires tel que mentionnée dans le rapport sur la complémentarité rurale-urbaine. La méconnaissance de l’apport de l’économie résidentielle complémentaire à l’économie de production et des services publics est un obstacle au développement de nos collectivités. L’économie de production réfère à des systèmes liés au marché et leur financement. L’économie résidentielle s’intéresse à satisfaire les besoins de la population locale dite résidente, par l’offre de biens et de services produits et consommés sur place. Leur développement est lié essentiellement aux caractéristiques de la population permanente saisonnière ou de passage. L’augmentation, dans le cas qui nous concerne aujourd’hui, de la population vieillissante est donc un facteur d’enrichissement à la condition que l’on analyse les besoins qui en découlent et que les biens et les services qu’on crée répondent à leurs besoins. Beaucoup d’exemples nous parlent de cette économie résidentielle, ex. : Entretien Haute-Gaspésie, le C.H.S.L.D., le centre pour les personnes en perte d’autonomie ou de maladies dégénératives. Tous les secteurs municipal, commercial, industriel et éducatif doivent participer à ce concept.
Lorsqu’on analyse le pouvoir de l’attraction de nos communautés, celui-ci réfère à la capacité du milieu à offrir aux citoyens le cadre de vie, la mise en valeur du milieu naturel et bâtiment du patrimoine culturel. Embellir nos villages et augmenter l’offre de nouveaux produits et de services combinés au développement productif produisent un phénomène d’attraction et de rétention de la population. Au lieu d’être en compétition, il faut comprendre que les territoires ne sont pas uniquement des lieux de production, mais aussi des lieux de redistribution de richesses, de vie et de consommation.
Dans une vision inclusive de nos milieux, chaque sentier que l’on trace doit être conçu pour les petits pieds de nos enfants et de nos petits-enfants, ceux chancelants et plus lents des aînés, le carrosse de bébé, la turbulence de l’adolescent et la foulée du randonneur.
Tous, élus municipaux, commerçants, institutions, organismes sommes appelés à adapter nos services aux gens qui les utilisent. C’est une question de respect et d’enrichissement collectif.
Une question en terminant ! Est-il normal qu’une personne finisse sa vie loin de son village ?
Devons-nous, parce que nous sommes en région, être orphelins de nos enfants et de nos petits-enfants ?
Une réflexion s’impose dans un monde qui refuse de mourir en s’injectant des produits antiâges. La science prolonge la vie… quelle vie ?
Cette réflexion doit se faire collectivement et sereinement dans le respect de notre destin d’humain qui, inéluctablement, se termine un jour. Encore faut-il qu’à chaque étape, tout se passe dans la dignité, dans un sentiment si fort d’amour et de sécurité que la fin soit douce.
Micheline Pelletier, maire
Ville de Sainte-Anne-des-Monts













Profil de Micheline Pelletier



